Une collaboration spéciale avec Christian Tremblay, DPME
L’approvisionnement, souvent perçu comme une fonction opérationnelle de base, a évolué au fil des années pour devenir un levier stratégique dans les entreprises. Dans une PME manufacturière, cette fonction est essentielle pour assurer la disponibilité des matières premières et gérer les relations avec les fournisseurs. Cependant, elle ne se limite plus à la simple gestion des coûts et des délais de livraison. Aujourd’hui, l’approvisionnement est au cœur des stratégies d’affaires et devient un outil clé pour répondre aux nouvelles exigences du marché, notamment en matière de responsabilité sociale et environnementale.
Alors que l’approvisionnement “classique” vise à optimiser les coûts et la qualité, l’approvisionnement durable prend en compte des critères additionnels. Il s’agit d’intégrer des préoccupations environnementales et éthiques à chaque étape du processus : des matières premières jusqu’à la livraison du produit fini. Ce mouvement de fond touche tous les secteurs de l’économie mais les secteurs comme l’alimentation, les transports et l’énergie sont déjà bien engagés dans cette direction. Et ils s’intéressent entre autre à la consommation d’énergie, aux emballages et à la gestion de déchets.
Cependant, cette transition vers un modèle d’approvisionnement responsable ne se fait pas sans défis, mais elle est porteuse de nombreux avantages, tant pour la compétitivité des entreprises que pour leur résilience. Dans cet article, nous allons explorer les avantages et les défis de l’approvisionnement durable, les stratégies concrètes pour y parvenir, ainsi que les étapes pour faire cette transition dans une PME québécoise.
1. Les avantages (et défis) d’adopter l’approvisionnement durable
Adopter un modèle d’approvisionnement durable n’est pas qu’une mode ou une exigence réglementaire. C’est une démarche stratégique qui présente des avantages clairs pour une PME, mais qui nécessite également de relever certains défis.
- Les avantages
1. Réduction des coûts à long terme
Bien que l’approvisionnement durable puisse sembler plus coûteux à court terme (en raison des certifications, des audits, ou de la transition vers des matériaux plus responsables), il permet de réaliser des économies substantielles sur le long terme. Par exemple, en réduisant les déchets et en optimisant l’utilisation des ressources, une entreprise peut diminuer ses coûts d’exploitation. Un autre levier d’économies est la réduction des risques liés à la volatilité des prix des matières premières. Les entreprises qui misent sur des fournisseurs locaux ou sur des matériaux recyclables sont moins exposées aux fluctuations des marchés mondiaux.
Un exemple concret concerne l’emballage des produits finis. Ainsi, les PME peuvent remplacer leurs matériaux plastiques par des alternatives biodégradables issues de forêts certifiées FSC (Forest Stewardship Council). Bien que le coût initial peut être plus élevé, elles réduisent les coûts récurrents et les frais de gestion des déchets et peuvent même bénéficier d’incitatifs gouvernementaux pour l’adoption de pratiques écologiques.
2. Amélioration de la réputation et de la compétitivité
De plus en plus, les consommateurs et les partenaires d’affaires exigent de la transparence et un engagement clair en matière de développement durable. Une entreprise qui s’engage dans cette voie se distingue de la concurrence, gagne en crédibilité, et attire des clients et investisseurs sensibles à ces valeurs. Pour prendre la mesure de cette nouvelle réalité, soulignons qu’actuellement, 59% des PME qui approvisionnent les grands donneurs d’ordres doivent fournir de l’information sur leurs pratiques ESG (BDC 2023). Le pourcentage est encore plus conséquent quand ces PME exportent en Europe avec 72% (64% si on se limite aux USA) et la roue continue de tourner.
À titre d’exemple, la marque québécoise de vêtements Vymoo a mis en place une chaîne d’approvisionnement transparente, en valorisant des tissus issus du recyclage et une production locale. L’entreprise fabrique ses vêtements au Québec à partir de matières biologiques ou recyclées, comme des bouteilles de plastique post-consommation. L’ensemble de leur processus, y compris les textiles, les étiquettes, et les emballages, sont réalisés localement, ce qui soutient l’économie locale et réduit l’empreinte carbone liée au transport. Résultat : elle a rapidement conquis une clientèle soucieuse de l’environnement et a vu ses ventes augmenter.
3. Renforcement de la résilience
L’approvisionnement durable implique souvent une diversification des fournisseurs et l’adoption de pratiques locales, ce qui renforce la résilience face aux crises. Sans exclure complétement l’approvisionnement international, les PME qui adoptent ces stratégies incluant une gestion consciente des risques, sont mieux préparées pour faire face à des interruptions de la chaîne d’approvisionnement, comme celles observées lors de la pandémie de COVID-19 ou d’éventuelles perturbations en lien avec le conflit qui se profile en Asie entre la Chine et Taiwan.
4. Innovation et adaptation aux nouvelles réglementations
Les entreprises qui intègrent des pratiques d’approvisionnement durable peuvent capitaliser sur cette approche pour se hisser à l’avant-garde de l’innovation. En effet, en collaborant avec des partenaires savamment choisis, elles peuvent bénéficier de la créativité et de la capacité d’innovation de plusieurs de leurs fournisseurs. Conscientes de ces possibilités, elles entretiennent des collaborations nourries et sur le long terme avec leurs fournisseurs pour développer de nouveaux produits ou technologies et de ce fait, se positionner avantageusement comme leaders dans leur marché. Par ailleurs, ces entreprises sont ainsi mieux placées pour anticiper et se conformer aux nouvelles normes et réglementations notamment environnementales.
b) Défis de l’approvisionnement durable
Bien entendu, rien ne se fait sans certains efforts. Pour une PME, les coûts associés aux audits, aux certifications, ou à la transition vers des fournisseurs plus responsables peuvent représenter un défi. Par exemple, choisir un fournisseur local peut parfois être plus onéreux que d’importer des matériaux à bas coût de l’étranger. Heureusement, il existe des programmes et financements publics qui peuvent faciliter ce type de démarche.
Aussi, l’approvisionnement durable exige une connaissance approfondie de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Cela implique des efforts supplémentaires pour auditer et valider les pratiques de ses partenaires, ce qui peut être complexe, surtout pour les petites entreprises. De ce côté, une PME pourra avantageusement collaborer avec une firme de service-conseil pour réaliser le travail de façon ponctuelle et ainsi éviter des coûts récurrents.
Enfin, les options de matériaux responsables sont encore limitées dans certaines industries. De plus, le délai de mise à disposition des nouvelles technologies ou matériaux peut ralentir les chaînes de production. Il existe toutefois au Québec et dans l’ensemble du Canada, plusieurs centres de recherche appliquée qui peuvent orienter les PME vers les produits existants ou même en développer en collaboration avec la PME elle-même.
2. Stratégies pour un approvisionnement durable réussi
Pour une PME québécoise, adopter un approvisionnement durable repose sur des stratégies claires et concrètes. Voici quelques-unes des meilleures approches :
a) Diversification des fournisseurs
La diversification permet de limiter les risques liés à la dépendance à une seule source, tout en offrant l’opportunité de travailler avec des partenaires locaux ou régionaux qualifiés et stratégiques. En réduisant les distances de transport, non seulement vous diminuez votre empreinte carbone, mais vous renforcez également la résilience de votre chaîne d’approvisionnement. Avoir une telle proximité avec ses fournisseurs est aujourd’hui un choix hautement stratégique quand on considère le niveau d’ébullition dans lequel le monde économique se trouve aujourd’hui.
Voici d’autres exemples des choix stratégiques que peut faire une PME en collaboration ou non avec ses fournisseurs. C’est le choix des matériaux recyclés dans ses produits ou privilégier des matières premières renouvelables, réduisant ainsi son empreinte environnementale.
Elle peut aussi procéder au renforcement de sa chaîne d’approvisionnement notamment par l’adoption de technologies comme la « blockchain » qui permet de garantir la traçabilité des matériaux et de s’assurer que chaque étape de la production respecte les critères de durabilité. À ce niveau, les technologies d’identification par radiofréquence (RFID) et de l’internet des objet (IOT) peuvent être de solides alliées.
Aux finales, adopter une approche collaborative avec ses partenaires permet de les sensibiliser aux objectifs et aux valeurs de la PME ainsi qu’à ses cibles liées aux enjeux de durabilité. Il est même possible de faire preuve de leadership et de co-développer des solutions avec eux, voire de leur offrir un soutien pour les aider à améliorer leurs pratiques.
3. Les étapes pour cheminer vers un approvisionnement durable
Pour y arriver, des étapes concrètes doivent être franchies afin de permettre à une PME d’intégrer des pratiques d’approvisionnement durable :
a) Réaliser un audit de la chaîne d’approvisionnement actuelle
Commencez par évaluer l’impact social et environnemental de votre entreprise mais aussi et de vos fournisseurs actuels. Cela vous permettra d’identifier les points faibles, comme les fournisseurs travaillant dans des pays à risque pour les droits humains ou ceux ayant un impact environnemental élevé.
b) Définir une politique d’approvisionnement responsable
Créez une politique claire qui détaille vos objectifs en matière de développement durable. Fixez des critères précis pour la sélection des fournisseurs, comme l’obtention de certifications (ISO 14001, FSC, etc.). Il existe quelques cadres d’analyse qui peuvent baliser votre chemin, permettez-vous d’y référer ou de faire appel à de ressources externes.
c) Former vos employés
Impliquer vos équipes dans cette transition est essentiel. Organisez des formations pour vos acheteurs afin qu’ils comprennent les enjeux et sachent comment évaluer les fournisseurs selon des critères durables.
d) Sélectionner des fournisseurs durables
La sélection des fournisseurs est sans doute le point crucial de la démarche. Utilisez des plateformes ou ressources spécialisées pour identifier des fournisseurs locaux ou certifiés, et n’hésitez pas à prioriser ceux qui se conforment à vos critères et vos valeurs.
e) Évaluer et ajuster vos pratiques régulièrement
Le passage à un modèle d’approvisionnement durable est un processus évolutif. Évaluez régulièrement vos pratiques et ajustez-les en fonction des nouvelles technologies ou réglementations. Ici il est essentiel d’adopter des indicateurs de performance (KPI) et de les suivre pour s’assurer d’obtenir les avantages de l’approvisionnement durable, de limiter ou d’éviter les écueils et de valoriser votre démarche stratégiquement.
Conclusion
L’approvisionnement durable est bien plus qu’une tendance. C’est une démarche stratégique qui permet de renforcer la résilience de votre entreprise, de réduire vos coûts à terme, et d’améliorer votre compétitivité. Pour une PME québécoise, les défis existent, mais ils sont largement compensés par les bénéfices économiques et réputationnels.
Si vous commencez ce parcours, prenez le temps d’analyser vos pratiques actuelles, d’établir des objectifs réalistes, et de collaborer avec vos partenaires pour qu’ensemble, vous puissiez bâtir une chaîne d’approvisionnement plus responsable. L’avenir appartient aux entreprises qui allient performance économique et respect des ressources et des personnes. Êtes-vous prêt à faire le premier pas?
Sources
1. Guide d’approvisionnement responsable – Gouvernement du Canada